Thursday, June 26, 2008

vivre boire et mourir

Il existe deux manières d'exprimer son affection à un père qui boit trop: le réprimander à chaque fois qu'il tente de lever le coude, ou le laisser boire mais le raccompagner chez lui sain et sauf une fois qu'il est ivre mort.

On peut comprendre les deux attitudes. Les partisans de la réprimande font preuve d'exigence. Celle qu'on impose seulement à ceux qu'on aime. Ces réprimandes là valent plus chers que n'importe quelle indulgence, car il ne s'agirait pas d'indulgence, mais de négligence, voire d'indifférence que de ne pas ponctuer chaque gorgée de vin du paternel d'un: "papa, arrête de boire comme ça, tu vas te ruiner la santé! Tu veux voir grandir tes petits enfants oui ou merde? " Et qu'importe si un verre de plus ou de moins n'aura que peu d'incidence sur la santé d'un père au crépuscule de sa vie. Au contraire, ne pas le lui reprocher serait capituler face au temps qui passe.

Oui mais voilà pensent les partisans du laisser-faire, le temps passe sans qu'on ne puisse rien y faire. Et le papa, comme la maman, finit par mourir avec ou sans alcool. Lui reprocher ses excès, c'est se cacher derrière l'illusion confortable que l'alcool entraîne la mort, alors qu'en fait, c'est la vie qui entraîne la mort. Alors laissons-le terminer sa vie comme il l'entend: complètement bourré s'il en a envie, avec quelques jours d'avance ou de retard, quelle importance, pourvu que ces derniers jours soient remplis de bonnes choses, à défaut d'être éternels.

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