La force des grands cinéastes est de nous énoncer certains truismes tellement clichés, tellement ressassés, mais avec tellement d'intensité, d'esthétisme, et de sincérité, que l'on a finalement l'impression de se les réapproprier avec une certaine gravité: comme si l'on n'en avait pas saisi le sens profond jusque-là.Ainsi les deux derniers films d'Ang Lee, Brokeback Mountain et Lust Caution, nous (ré-)enseignent-il que l'amour ne triomphe pas de tout.
"Bien sûr que non, comment pourrait-il en être autrement?" s'exclamerait n'importe lequel n'entre nous n'ayant pas eu la chance de voir ces deux chefs d'oeuvre de notre réalisateur taiwanais préféré.
Pourtant, à mi-chemin des deux films d'Ang Lee, tout ne parait pas aussi évident. Au contraire: on se surprend à croire que les deux cowboys de l'Amérique puritaine arriveront à dépasser les conventions sociales, et que le Chinois collaborant avec l'occupant nippon et la Chinoise résistante chargée de l'attirer dans un piège mortel arriveront à dépasser les obligations partisanes. Pour s'aimer.
Mais lorsqu'essayant de sauver son amant collabo, l'héroïne échoue et se retrouve au bord d'une falaise, agenouillée, attendant l'exécution finale, Ang Lee nous répond cruellement qu'il n'en est rien. Que l'amour ne peut pas tout. Qu'il faut arrêter de rêver.Ou alors juste un peu, le temps d'une séance de ciné.
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