Friday, February 23, 2007

Ce qui est à moi est à moi

Déjeuner hedomadaire avec un ancien collègue devenu ami.
Attablés dans un restaurant animé, nous attendons nos pennettes au saumon en nous racontant nos vies.

La petite table qui nous a été assignée est bancale et ce qui devait arriver arriva: un coup de genou donné par inadvertance à la table, et celle-ci tangue avec tout ce qui y est posé. Deux bouteilles, l'une de Perrier, l'autre de Pepsi, entament alors une danse dont on sait comment elle se terminera si rien n'est fait: de l'eau et du soda, partout sur nous.

En une fraction de seconde, l'opération de sauvetage est déclenchée pour tenter d'éviter la catastrophe. Une fraction de seconde où les gestes répondent plus à l'instinct qu'à une tactique mûrement réfléchie. Mais alors qu'il eut été plus instinctif pour le droitier que je suis de tendre mon bras droit et d'attraper la bouteille de Pepsi, et pour mon ami gaucher de tendre son bras gauche et d'attraper la bouteille de Perrier, c'est exactement le contraire qui se produisit.

Les dégâts furent limités, mais le résultat aurait été encore meilleur si nous avions choisi de porter secours à l'autre bouteille; la plus évidente pour nos mécanismes psycho-moteurs.

Pourquoi alors ce partage des tâches si peu naturel? Peut-être tout simplement parce que notre instinct n'est pas infaillible. Mais peut-être également parce qu'en ces instants éclairs où l'on est forcé d'agir vite et sans réfléchir, un instinct primaire prend le dessus sur les autres: celui de sauver d'abord ce qui nous appartient. Car la bouteille de Perrier était à moi, et celle de Pepsi à lui.

Ne croyez pas ceux qui pensent un jour vaincre l'individualisme et la propriété privée. Tout est dit dans ce sauvetage maladroit d'un Pepsi et d'un Perrier.

Wednesday, February 14, 2007

Pour ou contre la Saint Valentin?

Pour
Les mots anonymes glissés dans les manuels de 4ème par les filles qui sont croques de leurs voisins de classe: "je t'aime mon petit poussin!" Signé: "l'inconnue assise à côté de toi tous les mardi matins, en cours de latin."

Contre
La natalité qui baisse au fur et à mesure qu'on épuise toutes les idées de cadeaux, et qu'on en arrive à offrir une vasectomie (stérilisation masculine) à son homme. Ca se ferait déjà en Australie.

Pour
Mon ami weiwei qui m'annonce fièrement que sa belle préférerait qu'on lui offre une soucoupe volante télécommandée plutôt que le dernier bracelet Dinh Van... Ouais j'demande à voir quand même...

Contre
L'overdose de coussins rouges en forme de coeur, vendus partout, à toute heure.

Pour
Paris, qui soudain fleurit en hiver, grâce à quelques passants, leurs bouquets et leurs sourires sincères.

Contre
Le Saint Amour, ce Beaujolais massivement refourgué, juste les 14 févriers.

Pour
Le concours de déclaration de la Saint Valentin organisé par Libé qui donne ça:
"15 euros... et 20 mots...
pour dire combien je t'aime !
C'est trop injuste de n'être...
ni riche, ni poète !"

Contre
Les Valentin qui cherchent toujours leurs Valentine. Les Valentine qui cherchent toujours leurs Valentin.

Sunday, February 04, 2007

Immediate boarding

Aéroport, lieu de toutes les émotions.

Laissons de côté les nomades insensibles pour qui l'aéroport est un lieu de passage tellement commun qu'ils franchissent la douane comme d'autres franchiraient les portiques du métro. Pour tous les autres, l'émotion est là : l'excitation d'un voyage qui commence, ou le regret de celui qui prend fin, la joie des retrouvailles, ou la tristesse de l'au revoir, surtout lorsqu'on ne sait pas quand on se reverra.

Le compte à rebours des adieux commence aux portes de l'aéroport.

Voici venu le temps de se dire au revoir. Mais pas maintenant, pas encore. Il reste du temps avant l'embarquement. Un sursis est alors obtenu autour d'un café, où les derniers moments de convivialité tentent de masquer l'angoisse du temps qui passe.

Il faut y aller. L'instant des derniers gestes, des derniers mots est arrivé. Les convenances prennent le pas : on s'embrasse, on s'étreint, on se dit du bien. L'émotion déborde parfois. Les uns partent, les autres restent.

Pour certains l'histoire s'arrête là. Pour d'autres, elle se prolonge des yeux, des sourires, et des signes de la main échangés le temps du passage de l'autre côté. Ca y'est, l'autre est passé. Un dernier aperçu d'une silhouette au loin qui fait un signe de la main et qui se fond dans la foule.

Ne reste plus alors que l'idée de l'être quitté, bientôt si loin, mais toujours si proche quelque part dans cet aéroport, de l'autre côté. Certains attendront alors dans un café, se raccrochant à cette seule idée.

Puis l'embarquement immédiat est annoncé.

Il faut maintenant s'en aller.