
Il existe tant de raisons de détester Paris.
Surtout après un séjour passé en Asie où le service parking de n'importe quel hypermarché du coin égale à l'aise le service de voiturier de n'importe quel lounge huppé parisien, avec le sourire en plus, l'arrogance et le pourboire en moins.
Surtout après une journée entière passée à tenter de résoudre un problème d'emails au bureau, trimballé entre le fournisseur d'accès Internet qui prétend que le problème vient de l'hébergeur du serveur, l'hébergeur du serveur qui prétend que le problème vient du réseau interne, et l'administrateur du réseau interne qui prétend que le problème vient soit du fournisseur d'accès, soit de l'hébergeur.
Surtout après une heure passée dans une grande brasserie parisienne, à attendre qu'un serveur daigne venir prendre votre commande et celle d'un investisseur américano-chinois qui se trouve être votre invité de marque et qui n'a que quelques instants à vous accorder avant de repartir au loin. Et qu'en plus, vous vous levez trois fois pour chercher de l'aide, pour à chaque fois, tomber sur le même serveur qui vous répond que lui ne s'occupe pas de votre table mais qu'il va appeler le serveur en charge.
Où d'autre que chez les Parisiens existe-t-il ce subtil mélange de nonchalance, d'arrogance, d'impolitesse, et de suffisance; combinaison maléfique entraînant systématiquement chez celui qui y est confronté soit le pétage de plomb, soit la dépression, soit la fuite puis la demande d'asile dans un pays, n'importe lequel, pourvu qu'il soit loin de Paris.
On se surprend alors à comprendre ces quelques Japonais qui tous les ans, sont atteints du syndrome de Paris, qui les rend dépressifs, sujets à des délires de persécution, voire suicidaires, tant ils sont choqués par l'attitude parisienne en totale contradiction avec l’esprit de groupe, la timidité, la politesse et le sérieux des Japonais.
C'est dans cet état d'esprit que je reviens à Paris un dimanche soir, après un weekend de campagne, verdure et air pur tellement salvateur qu'il fait craindre encore plus le retour à la ville.
Dans le taxi qui file sur les quais de Seine, Paris tente de se faire pardonner l'espace d'un instant suspendu entre le jour et la nuit. Dehors, les nuages s'effacent tandis que les réverbères toujours éteints, laissent un dernier répit à la lumière du jour. Le soleil couchant semble alors trop heureux de déployer furtivement ses rayons couleur pourpre qui viennent éclairer quelques monuments, heureux élus d'un Paris propre et appaisé.
Devant moi, les ponts se succèdent revêtus d'une parure d'or éphémère. A gauche, le Palais de Justice s'éclaire tel une forteresse majestueuse renfermant une Sainte Chapelle dont j'entrevois le clocher et qu'il me tarde de retourner visiter. Derrière moi, la Tour Eiffel scintille de ses mille feux pour annoncer 22heures.
Paris, ville lumière: ce nom prend alors tout son sens.
Paris, ma ville.