Monday, December 17, 2007

lu, vu, ou entendu cette semaine

"For those who are compelled by their natures always to be looking back at what has been, rather than forward into the future, the great danger is tears, the unstoppable weeping that the Greeks, if not the author of Genesis, knew was not only a pain but a narcotic pleasure, too: a mournful contemplation so flawless, so crystalline, that it can, in the end, immobilize you."
Daniel Mendelsohn, "The Lost, A search for six of six million"

Non, je ne suis pas entré dans la secte des adorateurs de Daniel Mendelsohn. Mais son dernier bouquin est puissant.

vu, lu, ou entendu cette semaine

"For a few minutes we discussed the progress of the war [in Iraq], which was a sensitive subject just then if you were an American traveling in Europe, where the war was not popular - although to be sure, the subject was not as sensitive as it would become eight weeks later, after the revelation about prisonner abuse by American soldiers [...] The reason I would have liked to bring the subject up was this: among the abuses said to have taken place was a certain bizarre humiliation that took the form of forcing the naked prisoners to climb on top each other in order to form a living pyramid. When I first read about this in the papers, two months after I returned from Copenhaguen, I was struck forcefully by this detail, since I remembered of course the detail, one of the first we ever learned about the Nazi torture of Bolechow's Jews, that Olga in Bolechow had told us about, that August day in 2001: how, during the first Aktion, the Germans and Ukrainians had forced naked Jews in the Dom Katolicki to climb on top of one another, forming a human pyramid with the rabbi at the top. What was it, I wondered when I read about Abu Ghraib, what was this impulse to degrade that took the specific form of building pyramids with human flesh? But after a while it occurred to me that this particular type of degradation was a perfect if perverted symbol of the abandonment of civilized values; since after all the impulse to pile one thing atop another, the impulse to build, the impulse - spread across continents and civilizations - to build pyramids, whether in Egypt or Peru, can be seen as the earliest expression of the mysterious human instinct to create, to make something out of nothing, to be civilized. I, who had spent so much time reading about the Egyptians, sat and read the newspaper on April morning in 2004 and looked at the fuzzy photograph of the ungainly naked human pyramid, which for all we know was how certain Jews in the Dom Katolicki looked on October 28, 1941, and thought, There it all was, contained in this small triangle: the best of human instincts and the worst, the heights of civilization and the depths of bestiality, the making of something out of nothing and the making of nothing out of something. Pyramids of stone, pyramids of flesh."
Daniel Mendelsohn, "The Lost, A search for six of six million"

Passage énorme.

Wednesday, December 12, 2007

le guide à Paris

Travailler pratiquement en face du Palais de l'Elysée, où l'on trouve la plus forte densité de policiers et gendarmes au mètre carré, comporte ses avantages et ses inconvénients. Lorsque Kadhafi, le "Guide de la révolution lybienne" se trouve en visite à Paris, les inconvénients prennent vraiment le pas sur les avantages.

Le Palais de l'Elysée se trouve en face du 84, rue du Faubourg Saint-Honoré. A quelques pas de là, au 72 de la même rue, se trouve le parking où est garée ma voiture. Voiture que j'espère rejoindre ce soir là, après une journée de travail, lorsqu'arrivé au 70 de cette rue, un cordon de gendarmes m'arrête net: le Guide est attendu à dîner à l'Elysée d'une minute à l'autre, personne ne passe tant que son convoi n'est arrivé. D'ici quelques minutes me dit-on.

Je tente alors d'expliquer au gentil gendarme que ma voiture se trouve juste un mètre plus loin, mais évidemment rien n'y fait, et me voilà coincé à attendre, avec une dizaine d'autres parisiens, que Kadhafi veuille bien nous laisser reprendre le cours normal de nos vies.

Quinze minutes plus tard, toujours rien, si ce n'est que nous sommes maintenant une bonne cinquantaine de Parisiens, amassés sous la fine pluie, le froid, et le vent de décembre, derrière un cordon de sécurité, de plus en plus impatients, surtout que l'on refuse de nous dire combien de temps ce bloquage peut durer, et d'autant plus irrités que tout ceci nous est imposé pour assurer la sécurité d'une personnalité que beaucoup autour de moi n'hésitent pas à décrire comme le "pire des dictateurs", ou un "voyou sanguinaire", voire tout simplement "le dernier des connards", comme le dit ce vieux monsieur à l'allure respectable qui trépigne d'impatience à côté de moi.

Les gendarmes tiennent bon. Parmi eux, certains laissent échapper un air compatissant, alors que d'autres s'inquiètent de ce que la foule - pourtant en rien semblable à des Hooligans alcoolisés - devienne incontrôlable, échaudée par quelques meneurs zélés tels notre vieux monsieur adepte de gros mots.

Puis la délivrance: une grande limousine blanche entourée d'une dizaines de voitures et de motards s'approche et s'engouffre dans l'enceinte du Palais de l'Elysée. Je peux enfin accomplir ces derniers précieux mètres qui me séparent de ma voiture.

En route vers chez moi, je repense à cet épisode burlesque de la vie parisienne: finalement, que restera-t-il de cette manifestation ponctuelle du mécontentement de la foule parisienne? Pas grand chose si ce n'est peut-être, quelques clichés de photos de Parisiens massés aux abords du Palais de L'Elysées et attendant l'arrivée de Kadhafi. Un organe de propagande lybien pourrait même reprendre ces photos à son compte et les publier accompagnées d'une légende qui décrirait "les citoyens de Paris venus en masse acclamer la venue du Guide."

J'imagine notre vieux parisien zélé s'étrangler de colère en tombant sur une telle photo.

Saturday, December 08, 2007

vu lu ou entendu cette semaine

Les détails: cette nuance entre l'idéal et la réalité.

"Sometimes the story we tell are narratives of what happened; sometimes they are the image of what we wish had happened, the unconscious justifications of the lives we've ended up living. [...] Only in stories, after all, do things turn out neatly, and only in stories does every small detail fit neatly into place. If they fit too neatly, after all, we are likely not to trust them."


Daniel Mendelsohn, "The Lost, A search for six of six million"

Thursday, November 29, 2007

j'attendais

S'exprimer dans une langue étrangère ne facilite pas la communication: on cherche ses mots, on évite d'aborder certains sujets trop compliqués, on prend plusieurs détours avant de parvenir à faire passer son message...

Pourtant, il arrive parfois que l'on arrive à décrire le plus complexe des sentiments, à expliquer la plus confuse des situations, à transmettre le plus subtil des messages justement parce que lorsque les mots arrivent à manquer, on n'a d'autres choix que d'employer ceux que l'on connait: les plus simples mais également les plus essentiels.

Ainsi à cette personne s'exprimant dans un Français excellent mais néanmoins pas courant, et à qui je demandais pourquoi elle avait rompu avec son ami. Comment expliquer toutes ces querelles, malentendus, regrets, blessures et frustations? Comment dire que l'on s'aimait, que l'on s'aime encore sûrement, mais que ça n'est pas tout? Comment faire comprendre tout ça à quelqu'un, étranger à tout cela, mais qui se trouve là, en face de soi un soir. Quelqu'un à qui l'on voudrait expliquer, mais sans tout dévoiler.

Alors on cherche ses mots, on hésite, pour finalement déclarer:

"J'attendais quelque chose qui n'arrivera jamais."

Tout est dit.

Thursday, October 25, 2007

qui connait mika?

Pas moi, et je me rends compte que je suis bien le seul.

"T'es sérieux là? Tu le connais vraiment pas?"
" Mais où t'étais depuis un an? sur la Lune?"

Non, je ne connais pas Mika, et je dois maintenant affronter les regards et questions incrédules de mes collègues de bureau au moment de la pause café. Dans leur clémence, ceux-ci m'accordent une deuxième chance.

"Attends, tu le connais peut être pas de nom, mais t'as sûrement dû entendre l'un de ses tubes"

S'ensuit une session Youtube à la recherche des hits de ce Mika: "Grace Kelly", "Relax", etc.

"Alors? Non?? Jamais entendu? Mais tu aimes la musique? T'en écoutes de temps en temps?"

Mettons tout de suite les choses au clair: oui, j'écoute de la musique, j'aime la musique, je ne vis pas une seule journée sans musique. Seulement voilà, je ne connais pas Mika et ce qui me gêne le plus c'est non pas de ne pas le connaître, mais de très bien vivre sans. Parce qu'il vaut sûrement le détour ce Mika, vu les éloges de mes collègues. Mais de fournir ce surplus d'effort pour le découvrir et peut-être ensuite l'apprécier, accepter ces moments de sacrifice où je devrais choisir de ne pas écouter MA musique, celle que je connais et qui me procure un plaisir certain, au profit de morceaux inconnus dont il n'est pas dit qu'ils me siéront, je n'en suis plus capable.

Penser que ce que l'on pourrait découvrir au prix de petits efforts n'en vaut pas la peine, se satisfaire de ce que l'on connait en supposant que c'est de toute façon mieux que ce que l'on pourrait découvrir... Je ne suis peut-être pas encore vieux, mais j'en adopte déjà certains comportement frileux. Et ça, ça me gêne.

Wednesday, October 17, 2007

grève

Demain la grève. Pour en évaluer l'ampleur, il suffit d'énumérer les syndicats de la RATP qui ont lancé l'appel : CFDT, CFE CGC, CFTC, CGT, FO, FSI, SUD, UNSA BUS, UNSA GATC et UNSA SAT.

Malgré les innombrables inconvénients et autres sujets d'énervements, la grève est l'unique moment où l'on peut observer certains specimens parisiens rares: l'homme d'affaire en costume trois pièces sur une trottinette slalomant entre les passants; ou l'élégante parisienne complètement perdue sans son taxi ou son métro et se résignant au bout du désespoir, à demander au premier passant où se trouve la Seine.

Pour oublier l'enfer qui attend les Parisiens demain, laissons Claude Lelouch nous faire rêver d'un Paris qui s'éveille paisiblement, et que l'on traverse en un éclair, de porte Dauphine à Montmartre, pour retrouver sa belle.

Friday, September 28, 2007

vu, lu ou entendu il y'a longtemps, et relu cette semaine

"Qu'ai-je cotoyé de plus léger que la mort de cette captive dont on égaya mes seize ans et qui lorsqu'on me l'apporta, s'occupait déjà de mourir, respirant par souffles si courts et cachant sa toux dans les linges, à bout de course comme la gazelle, déjà forcée, mais l'ignorant puisqu'elle aimait sourire. Mais ce sourire était vent sur une rivière, trace d'un songe, sillage d'un cygne, et de jour en jour s'épurant et plus précieux, et plus difficile à retenir, jusqu'à devenir cette simple ligne tellement pure, une fois le cygne envolé."

Antoine de Saint Exupéry, "Citadelle"

vu, lu ou entendu cette (même) semaine

"Le monde soumet toute entreprise à une alternative; celle de la réussite ou de l'échec, de la victoire ou de la défaite. Je proteste d'une autre logique: je suis à la fois et contradictoirement heureux et malheureux: "réussir" ou "échouer" n'ont pour moi que des sens contingents, passagers ( ce qui n'empêche pas mes peines et mes désirs d'être violents); ce qui m'anime, sourdement et obstinément, n'est point tactique: j'accepte et j'affirme, hors du vrai et du faux, hors du réussi et du raté; je suis retiré de toute finalité, je vis selon le hasard (à preuve que les figures de mon discours me viennent comme des coups de dés). Affronté à l'aventure (ce qui m'advient), je n'en sors ni vainqueur ni vaincu: je suis tragique."

Roland Barthes, "Fragments d'un discours amoureux"

Thursday, September 27, 2007

vu, lu ou entendu cette semaine

From a Facebook group:

"You know you're from Paris when...

1. You consider Boulogne, Neuilly, Saint-Denis etc to be the countryside. I mean, Porte de Versailles or Porte de la Villette mean there IS a door, and therefore an outside and an inside, right?
2. You know that, when you take the subway and you have to go through Châtelet, you NEED a ticket because you know exactly where the police is hiding (behind those glass window things)
3. You're SO over the sound the Carte Imagine R makes when you swipe it on the machine
4. Your very first clubbing experience was at Les Planches. Now you think it looks more like a nursery than a club.
5. You know that a martini means a martini, and not that gross vermouth and gin mixture.
6. You find it normal that someone is randomly peeing in the street.
7. You peed in the street at least once in your life.
8. You think that having a car in Paris is useless, but to go from Concorde to Les Champs Elysées, you take a taxi.
9. You can tell only by looking at their clothes from which arrondissement people are.
10. Shopping is a competitive sport, fashion, a way of life.
11. You actually consider walking in dog shit with your left foot lucky (it happens so often, it might as well be useful)
12. You know the subway map by heart, but you have trouble learning the different regions of France.
13. You know that coffe isn't suppose to be served in a cup that looks like a bathtub. And you drink it at the bar, standing.
14. You hate Paris and Parisians.
15. You love Paris and Parisians.
16. When foreign people ask where you're from, you say "Paris", and not "France".
17. You could write a poem on Ladurée/ Pierre Hermé macarons.
18. You have never been on the Eiffel Tower, or on a boat on the Seine, and you only go tothe Champs Elysées when it's Sunday night and you need to buy a book at Virgin for class on Monday.
19. When people say "Paname", you want to bleach their mouth.
20. You're so dramatic, you say you want to kill yourself at least five times a day.
21. You're surprised when someone holds the door for you at the subway exit.
22. You're even more surprised when a sales person asks if you're looking for something in particular. Actually that would never happen.
23.You know the guy whose sister's friend who's the cousin of a girl who knows the manager.
24. You got shit faced when you were 13, and now you drink real drinks, and look down on people who do vodka/beer shots at frat parties.
25. "Putain", "bordel", "merde" or the ever famous "putain de bordel de merde" are not considered "bad words"; I mean, you use them every day, and sometimes it's affectionate.
26. You don't really get excited when you go clubbing; you just take your bag and go.
27. You know that Paris is not a city, it's an attitude.
28. When you see "schales" in the street, you think that they should be banned from the city and burned at the stake.
29. You thinks it's normal when you know the life story of the butcher/baker/cashier of G20/homeless guy rue de Rennes/sales woman of H&M.
30. You KNOW that it's the most fabulous,angry, stylish, bitchy, comic, even romantic (even though you HATE clichés) city in the world and that, although you left, you will come back and stay for good."

Friday, September 07, 2007

Diversité

J'ai été sollicité aujourd'hui pour rejoindre le Club XXIème siècle. Cette association regroupe 300 Français d'origines étrangères et tente d'influencer les pouvoirs politiques, économiques, et médiatiques pour introduire plus de diversité au niveau des décideurs. Un groupe de lobbying en quelque sorte, pour qu'un jour, un noir puisse être à la place de Bébéar, un jaune à celle de PPDA, et un beur à celle de Nicolas.

Bien sûr, le Club XXIème siècle ne s'active pas que dans les couloirs des centres de pouvoir. Il mène des actions de terrain pour aider concrètement le jeune de couleur dans son intégration à l'école, à la fac, et au début de son parcours professionnel. Mais la valeur première du Club réside dans son potentiel d'influence, car pour lutter contre la discrimination, il n'y a pas trente-six solutions.

On peut instaurer des règles pour contraindre les privilégiés à accueillir parmi eux un certain nombre de discriminés. En théorie, cette discrimination positive est criticable puisque par définition, elle lutte contre une forme de discrimination par une autre forme de discrimination. Dans la pratique, elle ne ferait pas de mal et je ne suis pas contre. En réalité, la discrimination positive n'a aucune chance de se généraliser en France, pays qui chérit tant l'égalité, qu'au nom de ce principe elle ignore une réalité profondément inégalitaire.

On peut aussi faire du bruit, manifester pour plus de diversité, médiatiser les victimes de discriminations, dénoncer haut et fort ces élites fermées et leur tendance à la cosanguinité: bref culpabiliser les gens d'en haut pour les inciter à plus d'ouverture. Cette tactique convient bien à notre propension à râler. Mais elle se heurte à un problème: les élites s'en moquent. Ca ne les a jamais empêchés de dormir de savoir que quelques rassemblements ici et là rappellent bruyamment le principe d'égalité.

On peut finalement juger que ni les projets de lois, ni les manifestations n'auront d'effet sur la promotion de la diversité en France, et que pour secouer un minimum l'élite en place, il faut la confronter à un groupe disposant d'un pouvoir équivalent: le même niveau d'étude, le même niveau social, les mêmes réseaux d'influence...

Je ne sais pas si j'ai ma place dans ce club, mais je vais m'y investir en hommage à son approche pragmatique de l'intégration républicaine.

Tuesday, August 28, 2007

rêve mariage et enterrement

Tout le monde a fait ce genre de rêve au moins une fois.

Celui de se retrouver en compagnie d'êtres chers. Tous rassemblés là, alors que beaucoup vivent à l'autre bout de la terre, que la plupart ne se sont jamais rencontrés, que certains, fâchés à vie, ont juré de ne plus se croiser, et que d'autres peut-être, sont déjà morts.

Tous sont pourtant réunis au pays des songes, et vous, au milieu d'eux, ne trouvez rien d'anormal à ce scénario pourtant improbable.

Je vois deux événements au cours desquels ce rêve pourrait devenir réalité: le mariage et l'enterrement. L'union à vie (jusqu'à preuve du contraire), et la séparation éternelle : seules ces deux causes dépasseraient donc les contraintes de temps et de distances, les rancunes personnelles et réticences diverses de chacun, pour permettre de se rassembler.

Puisqu'on ne peut rêver sur commande, mieux vaut réussir son mariage, car la réussite de son enterrement ne dépend pas de soi.

Monday, July 09, 2007

Sous le ciel de Paris

Il existe tant de raisons de détester Paris.

Surtout après un séjour passé en Asie où le service parking de n'importe quel hypermarché du coin égale à l'aise le service de voiturier de n'importe quel lounge huppé parisien, avec le sourire en plus, l'arrogance et le pourboire en moins.

Surtout après une journée entière passée à tenter de résoudre un problème d'emails au bureau, trimballé entre le fournisseur d'accès Internet qui prétend que le problème vient de l'hébergeur du serveur, l'hébergeur du serveur qui prétend que le problème vient du réseau interne, et l'administrateur du réseau interne qui prétend que le problème vient soit du fournisseur d'accès, soit de l'hébergeur.

Surtout après une heure passée dans une grande brasserie parisienne, à attendre qu'un serveur daigne venir prendre votre commande et celle d'un investisseur américano-chinois qui se trouve être votre invité de marque et qui n'a que quelques instants à vous accorder avant de repartir au loin. Et qu'en plus, vous vous levez trois fois pour chercher de l'aide, pour à chaque fois, tomber sur le même serveur qui vous répond que lui ne s'occupe pas de votre table mais qu'il va appeler le serveur en charge.

Où d'autre que chez les Parisiens existe-t-il ce subtil mélange de nonchalance, d'arrogance, d'impolitesse, et de suffisance; combinaison maléfique entraînant systématiquement chez celui qui y est confronté soit le pétage de plomb, soit la dépression, soit la fuite puis la demande d'asile dans un pays, n'importe lequel, pourvu qu'il soit loin de Paris.

On se surprend alors à comprendre ces quelques Japonais qui tous les ans, sont atteints du syndrome de Paris, qui les rend dépressifs, sujets à des délires de persécution, voire suicidaires, tant ils sont choqués par l'attitude parisienne en totale contradiction avec l’esprit de groupe, la timidité, la politesse et le sérieux des Japonais.

C'est dans cet état d'esprit que je reviens à Paris un dimanche soir, après un weekend de campagne, verdure et air pur tellement salvateur qu'il fait craindre encore plus le retour à la ville.

Dans le taxi qui file sur les quais de Seine, Paris tente de se faire pardonner l'espace d'un instant suspendu entre le jour et la nuit. Dehors, les nuages s'effacent tandis que les réverbères toujours éteints, laissent un dernier répit à la lumière du jour. Le soleil couchant semble alors trop heureux de déployer furtivement ses rayons couleur pourpre qui viennent éclairer quelques monuments, heureux élus d'un Paris propre et appaisé.

Devant moi, les ponts se succèdent revêtus d'une parure d'or éphémère. A gauche, le Palais de Justice s'éclaire tel une forteresse majestueuse renfermant une Sainte Chapelle dont j'entrevois le clocher et qu'il me tarde de retourner visiter. Derrière moi, la Tour Eiffel scintille de ses mille feux pour annoncer 22heures.

Paris, ville lumière: ce nom prend alors tout son sens.

Paris, ma ville.

Monday, April 30, 2007

vu, lu ou entendu cette semaine

Ce qu'un cours de sciences politiques de quatre heures n'aurait pas pu expliquer, une amie me le résume fastoche, entre deux stations de métro séoulite, et c'est la révélation:

"la politique, c'est comme un drama coréen: les personnages changent, mais le scénario est toujours le même."

Mais bien sûr: cette envie de connaître la fin de l'histoire, de regarder le dernier épisode de ce drama, alors même qu'on devine aisément que l'amour impossible sera, au bout du compte, possible.

Comment ne pas le comparer avec le secret espoir qui nous anime en allant voter, alors même qu'on devine aisément que le changement possible sera, au bout du compte, impossible.

Saturday, April 28, 2007

J'ai joué pour moi-même...

«Il y avait un public, mais j'ai joué pour moi-même (...) J'ai demandé à Dieu de réconcilier les deux parties de l'Europe et de mon cœur».

Rostropovitch raconta par ces mots son interprétation improvisée de Bach au pied du mur de Berlin en novembre 1989. Pour seuls accompagnements, le brouhaha de la foule s'amassant autour de ce monument vivant de la musique, alors que le son des marteaux piqueurs oeuvraient pour la chute du monument de la honte.

Quoi de plus émouvant pour accompagner ce moment d'histoire où la moitié de la planète bascule du côté de la liberté, qu'une suite de Bach interprétée par un homme capable de s'opposer seul à l'empire soviétique.

Quel privilège pour ceux qui passaient par là alors que cet homme pose son tabouret, sort son instrument, et se met à interpréter Bach: spectateurs tolérés d'un moment où cet immense musicien ne joue pas pour eux, mais pour lui; témoins uniques d'une prière musicale pour un monde meilleur, et d'un homme qui ce jour là, incarna à lui tout seul la rencontre entre l'Art et l'Histoire.

Tuesday, March 06, 2007

vu, lu ou entendu cette semaine

J'inaugure ici un post hebdomadaire de choses vues, lues ou entendues.

Une image, ou une phrase gravée chaque semaine dans ce blog, en hommage à toutes celles qui nous interpellent avant de se perdre dans l'oubli.

Désolé, j'entame cette tradition par une pensée macabro-mystique que l'on m'a envoyée par email. J'ai beau chercher, c'est celle-ci qui m'a le plus interpellé:

"La vie est une succession de rencontres et de séparations. Puisque nous arrivons seuls en ce monde et que nous le quitterons seuls, peut-être est-il préférable de connaître des séparations tout au long de sa vie, comme un entraînement pour la séparation éternelle."

Et en VO

"인생살이가 언제나 만나고 헤어지는 일의 연속이네. 누구나 혼자 왔다 혼자 가는 것이니, 아주 영영 헤어지는 연습을 미리 해두어야지, 나중에 더 잘 견딜 수 있겠지."

A méditer...
Avec modération...

Friday, February 23, 2007

Ce qui est à moi est à moi

Déjeuner hedomadaire avec un ancien collègue devenu ami.
Attablés dans un restaurant animé, nous attendons nos pennettes au saumon en nous racontant nos vies.

La petite table qui nous a été assignée est bancale et ce qui devait arriver arriva: un coup de genou donné par inadvertance à la table, et celle-ci tangue avec tout ce qui y est posé. Deux bouteilles, l'une de Perrier, l'autre de Pepsi, entament alors une danse dont on sait comment elle se terminera si rien n'est fait: de l'eau et du soda, partout sur nous.

En une fraction de seconde, l'opération de sauvetage est déclenchée pour tenter d'éviter la catastrophe. Une fraction de seconde où les gestes répondent plus à l'instinct qu'à une tactique mûrement réfléchie. Mais alors qu'il eut été plus instinctif pour le droitier que je suis de tendre mon bras droit et d'attraper la bouteille de Pepsi, et pour mon ami gaucher de tendre son bras gauche et d'attraper la bouteille de Perrier, c'est exactement le contraire qui se produisit.

Les dégâts furent limités, mais le résultat aurait été encore meilleur si nous avions choisi de porter secours à l'autre bouteille; la plus évidente pour nos mécanismes psycho-moteurs.

Pourquoi alors ce partage des tâches si peu naturel? Peut-être tout simplement parce que notre instinct n'est pas infaillible. Mais peut-être également parce qu'en ces instants éclairs où l'on est forcé d'agir vite et sans réfléchir, un instinct primaire prend le dessus sur les autres: celui de sauver d'abord ce qui nous appartient. Car la bouteille de Perrier était à moi, et celle de Pepsi à lui.

Ne croyez pas ceux qui pensent un jour vaincre l'individualisme et la propriété privée. Tout est dit dans ce sauvetage maladroit d'un Pepsi et d'un Perrier.

Wednesday, February 14, 2007

Pour ou contre la Saint Valentin?

Pour
Les mots anonymes glissés dans les manuels de 4ème par les filles qui sont croques de leurs voisins de classe: "je t'aime mon petit poussin!" Signé: "l'inconnue assise à côté de toi tous les mardi matins, en cours de latin."

Contre
La natalité qui baisse au fur et à mesure qu'on épuise toutes les idées de cadeaux, et qu'on en arrive à offrir une vasectomie (stérilisation masculine) à son homme. Ca se ferait déjà en Australie.

Pour
Mon ami weiwei qui m'annonce fièrement que sa belle préférerait qu'on lui offre une soucoupe volante télécommandée plutôt que le dernier bracelet Dinh Van... Ouais j'demande à voir quand même...

Contre
L'overdose de coussins rouges en forme de coeur, vendus partout, à toute heure.

Pour
Paris, qui soudain fleurit en hiver, grâce à quelques passants, leurs bouquets et leurs sourires sincères.

Contre
Le Saint Amour, ce Beaujolais massivement refourgué, juste les 14 févriers.

Pour
Le concours de déclaration de la Saint Valentin organisé par Libé qui donne ça:
"15 euros... et 20 mots...
pour dire combien je t'aime !
C'est trop injuste de n'être...
ni riche, ni poète !"

Contre
Les Valentin qui cherchent toujours leurs Valentine. Les Valentine qui cherchent toujours leurs Valentin.

Sunday, February 04, 2007

Immediate boarding

Aéroport, lieu de toutes les émotions.

Laissons de côté les nomades insensibles pour qui l'aéroport est un lieu de passage tellement commun qu'ils franchissent la douane comme d'autres franchiraient les portiques du métro. Pour tous les autres, l'émotion est là : l'excitation d'un voyage qui commence, ou le regret de celui qui prend fin, la joie des retrouvailles, ou la tristesse de l'au revoir, surtout lorsqu'on ne sait pas quand on se reverra.

Le compte à rebours des adieux commence aux portes de l'aéroport.

Voici venu le temps de se dire au revoir. Mais pas maintenant, pas encore. Il reste du temps avant l'embarquement. Un sursis est alors obtenu autour d'un café, où les derniers moments de convivialité tentent de masquer l'angoisse du temps qui passe.

Il faut y aller. L'instant des derniers gestes, des derniers mots est arrivé. Les convenances prennent le pas : on s'embrasse, on s'étreint, on se dit du bien. L'émotion déborde parfois. Les uns partent, les autres restent.

Pour certains l'histoire s'arrête là. Pour d'autres, elle se prolonge des yeux, des sourires, et des signes de la main échangés le temps du passage de l'autre côté. Ca y'est, l'autre est passé. Un dernier aperçu d'une silhouette au loin qui fait un signe de la main et qui se fond dans la foule.

Ne reste plus alors que l'idée de l'être quitté, bientôt si loin, mais toujours si proche quelque part dans cet aéroport, de l'autre côté. Certains attendront alors dans un café, se raccrochant à cette seule idée.

Puis l'embarquement immédiat est annoncé.

Il faut maintenant s'en aller.

Wednesday, January 17, 2007

Paris est toujours en fête

"Paris est toujours en fête" répète mon père à chaque fois qu'il est à Paris, pensant reprendre une citation de Cocteau.

Il semblerait que Cocteau ne soit pas l'auteur d'une telle phrase. Mon père s'est sûrement approprié le titre français de l'autobiographie d'Hemingway "Paris est une fête", ainsi que le "Paris sera toujours Paris" de Maurice Chevalier, pour clamer son "Paris est toujours en fête".

Sur le pont piéton reliant la rive gauche à Notre Dame, par un après-midi d'hiver doux et ensoleillé, le saxophoniste cotoie les rollerbladers. Ces derniers étalent leur talent aux yeux des passants, à coup de figures artistiques et de slaloms multicolores. Le saxophoniste joue "You go to my head" pour le plus grand plaisir d'un couple d'Italiens.

Ce couple s'improvise danseurs d'un moment, ne résistant pas à l'envie d'honorer cet air de jazz d'un slow maladroit au début, langoureux à la fin. Les passants eux, s'improvisent photographes pour immortaliser ce Paris en fête.

Cet épisode me renvoie dix ans en arrière, par un soir d'été pluvieux où, marchant près du Jardin du Luxembourg, je croise un couple abrité sous un porche, dansant un slow amoureux. Pour seule musique, les rires et applaudissements de leur enfant dans une poussette, spectateur privilégié de l'instant où se mêlent tendresse et beauté.

Hiver ou été, soirée ou journée, pluvieux ou ensoleillé, Paris est toujours en fête.

Friday, January 05, 2007

A vous aussi

Le problème avec les voeux de fin d'année, c'est que quelle que soit leur motivation amicalo-sincère ou professionnelo-superficielle, le résultat sera plus ou moins le même: une ou deux phrases, combinaisons plus ou moins heureuse de termes qui, à force de les lire, ne veulent plus dire grand chose.

J'avoue moi-même ne pas m'en sortir après quelques dizaines de cartes envoyées par-ci par-là.

"Tous mes meilleurs voeux de bonheur dans l'harmonie de l'amour de la réussite des projets pour vous et vos proches de toute la terre de l'univers et de ses environs pour 2007", bof...

Je tiens ici à rendre hommage à deux formules parmi celles que j'ai pu lire.

La première, se contente d'un laconique "Tous mes voeux pour 2007", inscrit sur une carte de voeux d'entreprise, adressé à personne en particulier, et signé d'un gribouillage qui rend impossible l'identification de son auteur. Le message qu'a voulu faire passer l'auteur -inconnu- de cette oeuvre est clair: "Je perds déjà assez de temps avec cette corvée, alors je vais pas me faire chier." T'as bien raison, te fais pas chier Marcel!

La deuxième, ma préférée, est un exemple de réussite: courte, teintée d'humour, elle réussit même le pari de n'employer aucun des termes susnommés tels que bonheur, heureux, réussite and co. Elle se contente simplement de me souhaiter une année "du cochon pantagruélique".

A vous aussi!