Wednesday, November 29, 2006

Musique pour cordes percussion et celesta

La musique de Bartok n'adoucit pas les moeurs, elle provoque l'angoisse, le désespoir.

Ca ne va pas.

Ecouter "Musique pour cordes percussion et celesta" de Bartok me plonge dans une ambiance Hitchcockienne. A la différence que je ne suis ni dans une salle de cinéma, ni devant mon écran TV. Allô? Le héro de ce scénario, est-ce donc moi?

Ca ne va pas.

Le remède est simple pourtant: cliquer sur le bouton "stop" de mon iTunes pour sélectionner "No more trouble" de Bob Marley par exemple.

Mais voici le temps du troisième mouvement de cette oeuvre démente. Il s'ouvre sur le son d'un instrument de percussion qui évoque celui utilisé par les moines bouddhistes pour l'invitation à la méditation: le "moktak" en coréen, "muyu" en mandarin, ou "mokugyo" en japonais. Bob attendra un peu.

Pourtant, Bartok nous invite à tout, sauf à la méditation. Le rythme que propose son moktak est instable, frénétique par moment. L'oeuvre d'un moine qui, ayant ingurgité une quantité indécente de caféïne, essaie désespérément de se contrôler sans y parvenir.

Bientôt, les cordes prennent la relève. Leurs mouvements me rappellent ceux d'un banc de poissons parfaitement coordonnés, imprévisibles, et tournoyant autour d'un prédateur devenu la proie d'une masse impalpable, qui l'entraine dans la démence... Serais-je en train d'y basculer moi-même?

Ca va mieux.

Le quatrième et dernier mouvement s'achève. Je suis pris de soulagement, puis d'une envie: celle de me replonger dans l'univers de cette Musique pour cordes percussion et celesta de Bartok. Pour mieux comprendre.

Venez, vous aussi.

Thursday, November 09, 2006

Vie de palace

Ma femme de ménage est quelqu'un qui m'est très cher, mais que je ne vois pratiquement jamais parce qu'elle vient faire le ménage chez moi lorsque je suis au travail. Alors nous correspondons par petit mots: j'en laisse un avant de partir au travail le matin, elle le lit en arrivant chez moi l'après-midi, et elle y répond par un autre mot, à la suite du mien, sur le même bout de papier.

Ma femme de ménage est une Coréenne vivant à Paris qui n'aime pas les Coréens; en tout cas, pas ceux qui vivent à Paris. Parce que ma femme de ménage a une particularité: elle est mariée à un Algérien musulman, et s'est elle-même convertie à l'Islam. Auprès de la communauté coréenne à Paris, cette particularité passe mal. Mais tout ça n'est pas grave, parce que ma femme de ménage peut très bien se passer de la communauté coréenne.

Ma femme de ménage m'invite souvent chez elle, manger le couscous avec son mari et leurs trois enfants. Parfois, ils viennent chez moi, et je leur propose du café ou une bière à l'heure de l'apéro, alors que c'est le ramadan et que les musulmans ne boivent de toute façon jamais d'alcool. Alors ils refusent poliment, se moquent gentiment de moi, parce qu'à chaque fois j'oublie, et doivent bien rigoler quand je ne suis pas là.

Ma femme de ménage gagne suffisamment d'argent pour ne pas avoir à faire 1 heure de métro toutes les semaines pour venir faire le ménage chez moi. Mais elle le fait parce qu'elle s'est prise d'affection pour moi, pauvre jeune célibataire sans personne pour s'occuper de moi. Pauvre de moi...

Ma femme de ménage travaille dans un palace 5 étoiles parisien. D'ailleurs, elle replie toujours mon papier toilette en flèche, comme dans les toilettes des chambres de palaces. Les jours où elle vient chez moi, elle s'arrange toujours pour prendre quelque chose pour moi de son palace: des chocolats de palace, des caramels de palace, des fleurs de palace, ou des fruits de palace, comme aujourd'hui.

Grâce à ma femme de ménage, j'ai vraiment une vie de palace.

Sunday, November 05, 2006

Paris sous les bougies



Instant surréaliste où Paris se trouve plongé dans le noir le plus total.
Parce qu'à des centaines de kilomètres de là, en Allemagne, une ligne à haute tension craque sous le poids de la demande d'énergie qui augmente face au froid soudain qui frappe l'Europe. Des quartiers de Hambourg, Rome ou Paris se retrouvent alors coupés de lumière et de chaleur artificielle.
Bientôt, des lumières apparaisent ici et là: les bougies remplacent la fée électricité. Et les visages des Parisiens réapparaissent, ravis que cette parenthèse à la modernité leur procure un supplément d'intimité, espérant secrètement qu'avec les lumières des siècles passés apparaitront les envies romantiques ou libertines de ces mêmes années.


Mais bientôt, le charme fut rompu.

Thursday, November 02, 2006

On verra demain

Je reprends ce blog plus de 10 mois après mon dernier post, et je me demande soudain pourquoi je l'ai intitulé "demain sera meilleur".

Demain sera meilleur parce qu'un inventeur fou aura mis au point un système rendant obsolète les distances géographiques. Je passerai alors de paname à seoul, comme je passe de ma salle de bain à ma chambre après ma douche.

Demain sera meilleur parce qu'on est déjà passé des affreuses soupes knorr tomates vermicelles lyophilisées, aux succulentes soupes aux lentilles et bacon fumé vendues au rayon frais, et que demain, mon frigo me les achètera pour moi dès que j'en manquerai.

Demain sera meilleur parce que sous l'effet de serre, une plage tropicale m'attendra à quelques pas de chez moi.

Demain sera meilleur parce qu'à Bach succéda Mozart, à qui succéda Beethoven, à qui succéda Rachmaninoff, à qui succéda Armstrong, à qui succéda Coltrane, à qui succédèrent Richard Clayderman et Kenny G.

Demain sera meilleur parce que je n'aurai plus à chercher la femme de ma vie; elle sera là, à côté de moi.

Demain sera meilleur parce que si la femme de ma vie se refuse à moi, Google Match sera là, pour me proposer en 0,87 secondes, 87 remplaçantes potentielles dont les critères seront pertinents avec 87% des miens.

Demain sera meilleur...