Paris, le matin, le froid, le métro, l'heure de pointe, le bonheur...
Je m'engouffre dans le métro avant que les portes ne se referment et me dis immédiatement que j'ai peut-être mal choisi ma rame: une dame, d'origine africaine, d'une cinquantaine d'années, assez distinguée, est assise sur l'un des strapontins à ne pas utiliser en cas d'affluence (ce qui est le cas), et hurle en direction des passagers assis derrière elle, dans un langage incompréhensible.
Est-elle fâchée contre l'un des passagers? Après quelques minutes, j'en doute vu l'air complètement indifférent qu'adoptent tous les passagers assis sur cette banquette. Dit-elle quelque chose de compréhensible? Pas pour moi en tout cas: elle semble répéter les mêmes syllabes, parfois en les marmonnant, parfois avec véhémence, parfois avec une vraie violence et sur le ton du reproche, à une personne que je ne vois pas, mais qui existe bel et bien dans l'esprit de cette dame. Une seule certitude, elle n'a pas l'air de vouloir s'arrêter.
Personne ne comprend autour de moi. Certains essaient de lire, c'est mon cas, d'autres sont sur leur garde, craignant une réaction imprévisible de cette dame, quelques-uns enfin, restent impassibles à cette manifestation de plus, de la folie que peut produire la vie souterraine de Paris.
Au bout de quelques stations, alors que l'agacement et la consternation sont de plus en plus perceptibles autour de moi, l'un des passagers, la quarantaine et de type méditerranéen, décide d'intervenir pour ne pas laisser cette dame dans son état. Il s'approche doucement, se penche vers elle, lui tapote l'épaule et lui dit:
"TA GUEUUUUUUUUUUUULE!!!!!!!!!!!"
L'effet est immédiat: elle se tait, et tout le wagon avec elle. Un calme soudain, tellement bienvenu et espéré que certains passagers manifestent leurs soulagements et reconnaissances envers l'intervenant d'un "ahhhh, merci!"...
La suite sera pour plus tard...
Mindfulness, Deep Observation and Sherlock Holmes
10 years ago
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