Wednesday, October 26, 2005

Tourner en rond

Deux fois par semaine, je me rends à mon entraînement de taekwondo, pratique qui, en quelques années, est devenue essentielle à mon équilibre.

Vers la fin du cours, le maître nous demande d'effectuer quelques dernières foulées autour de la salle, en guise de mini-décrassage. Nous commençons donc à courir, vidés, mais apaisés, et ressentant une certaine complicité avec le groupe, pour avoir surmonté ensemble ces épreuves physiques. Un phénomène intéressant se produit alors: progressivement, les foulées de chacun se synchronisent et le maître, placé au milieu de cette ronde humaine, commence à taper des mains, bientôt rejoint par nous tous...

Une trentaine d'individus, habillés pareil, tournant en rond d'une même foulée, et tapant des mains en rythme. Cet exemple renvoie à la propension naturelle de l'homme à faire comme son prochain. René Girard appelle ça le mimétisme, qu'il considère comme le mécanisme fondamental du comportement humain.

Il y'a partout des manifestations de ce mimétisme. A toutes les échelles : de quelques taekwondoistes du dimanche, à un stade entier qui célèbre d'une même voix, d'une même séquence de mouvements effectués au millimètre et à la seconde près, le soixantième anniversaire du Parti.

D'où l'importance du modèle sur lequel portera notre envie instinctif de suivre...

Thursday, October 20, 2005

C'est rien du tout

Et hop! Une autre matinée passée à essayer de créer de la valeur ajoutée pour nos clients et justifier ainsi nos honoraires. Parfois, je me dis que la marque la plus évidente de "valeur ajoutée" apportée au client est le sourire de celui-ci, lorsqu'ayant commandé un menu sushi moriawase, on lui apporte son assiette... Au moins un client qui sait où va son argent.

Je suis attablé au bar de mon sushi bar, comparant l'utilité de mon métier à celui du chef japonais qui s'affaire devant moi à couper le poisson en fines lamelles.

Trois clients en costumes gris antracites descendent de la salle à l'étage. Ils ont visiblement fini de manger et ne comptent pas perdre de temps à attendre qu'on vienne leur apporter l'addition: 5 minutes gagnées qui vont peut-être sauver le monde. Ou du moins la présentation powerpoint avant le rendez-vous client. Je comprends, ça m'arrive aussi...
- "Vous payez séparément?"
- " oui, ça fait 11,70€ pour moi"
- " et moi 9,80€"
- "et 12,10€ pour moi"
Le serveur fait mine de trouver normal que trois jeunes cadres dynamiques gagnant chacun son mois de salaire en une seule journée divisent au centime près l'addition: les bons cons font les bons amis. Non, je ne suis pas comme eux... Non, je ne suis pas comme eux... Non, je ne suis pas comme eux...

Je m'attarde un peu et me retrouve parmi les derniers clients récalcitrants à retourner au travail. L'un des serveurs, se relâche un peu. Son service semble ne pas avoir été de tout repos car un de ses collègues ne s'est pas pointé sans prévenir. D'ailleurs il en fait part au sushi chef: "c'est trop dur aujourd'hui, on était que deux à l'étage, je le referai pas deux fois! C'est vraiment trop dur!" Et il remonte à l'étage en soufflant très fort. Le chef ne lui dit rien, il continue à raper le navet, puis me regarde d'un air complice parce qu'il sait que je n'ai rien loupé de la conversation. Il me sourit et me dit "c'est rien du tout!" avec son accent japonais à couper au couteau. C'est vrai ça, lui seul vient d'honorer les commandes de l'étage, du rdc et du bar et il ne transpire même pas.

Non, c'est vraiment rien du tout...

Sunday, October 16, 2005

Rien à déclarer

"Avez-vous fait vous-même vos bagages? Transportez-vous un bien qu'une personne que vous ne connaissez pas vous a demandé de prendre? Quelqu'un aurait-il pu mettre quelque chose dans vos valises sans que vous en ayez connaissance?"
Voici un extrait des questions débiles que les agents des aéroports doivent poser à tout passager s'appretant à embarquer pour un vol à destination des Etats-Unis. Quoiqu'en cherchant bien, on trouve quelques vertus à cette procédure:
- elle contribue à lutter contre le chômage en augmentant les besoins en personnel d'aéroport;
- elle contribue à lutter contre le terrorisme, en détectant les passagers un peu naïfs. "Est-ce que je transporte des affaires d'une personne que je ne connais pas? Ben si, justement, un monsieur bronzé avec une barbe épaisse m'a demandé de transporter cette grosse horloge expérimentale avec batterie externe plastifiée. J'ai accepté parce qu'il était très gentil le monsieur. D'ailleurs je suis un peu embêté parce qu'elle marche mal cette horloge, regardez: les secondes défilent à l'envers..."

Ajoutez à cela le merveilleux sens de l'organisation français avec sa théorie du "tous dans la même file et on verra après", et vous vous retrouvez avec une queue sans fin de passagers en partance pour Abidjan, New York et Seoul, attendant de pouvoir enregistrer leurs bagages. La file pourrait avancer plus vite, d'ailleurs, les comptoirs d'enregistrement ne sont pas tous occupés. Mais la file est bloquée par-ci par-là par des agents de sécurité de l'aéroport, demandant à certains passagers de manière à peine détournée, s'ils n'ont pas par hasard une bombe dans leurs bagages...

Sunday, October 02, 2005

L'automne à Paris

Peu de Parisiens éliraient l'automne comme leur saison préférée.
A New York ou Séoul, l'automne recouvre les rues de feuilles rouges et or. Le ciel estival étouffant prend de la hauteur pour s'effacer devant un ciel bleu rafraichissant qui laisse les citadins respirer enfin.
L'automne parisien n'a rien pour lui : les feuilles d'arbres tombent en masse sous la pluie et forment une substance visqueuse et noiratre sur le sol. La nuit commence à tomber avant 20h. La température ne permet plus de profiter des terrasses de cafés ou de restaurants, à part pour quelques Anglais habitués ou certains touristes récalcitrants. Sans parler du taux de suicides qui augmente, ou des vieux qui clamsent souvent à cette époque...
Listons ici, les quelques quelques plaisirs d'automne qui viennent contrebalancer ce mouvement vers l'extinction collective:
- la foire aux vins,
- les cèpes et les girolles,
- la saison du gibier qui s'annonce,
- la rentrée littéraire,
- les pendaisons de crémaillère,
- la chaleur suffocante et les odeurs corporelles qui disparaissent du métro,
- les projets de week end prolongé pour la toussaint et le 11 novembre,
- le canard enchainé qui recommence à se déchainer.