Thursday, December 15, 2005

La dame du métro (3/3)

Notre téméraire passager s'avance donc d'un air résolu vers le sosie du tortionnaire de Midnight Express:

- "C'est pas bien ce que vous avez dit. Vous voyez bien qu'elle est dérangée la pauvre dame, et que ça n'a rien à voir avec sa race! Vous faites un amalgame qui est super dangereux!"

L'autre n'a pas le temps de répondre. Bientôt, le métro arrive en station, les portes s'ouvrent et notre courageux défenseur des valeurs humanistes descend prestement pour disparaitre dans un couloir de correspondance.

Plus de braillements de la femme dérangée, plus de protagoniste pour débattre d'immigration... Notre gros Méditerranéen, frustré au début de ne pas pouvoir rendre la monnaie de sa pièce au provocateur qui vient de descendre, se calme progressivement, alors que les passagers retournent à leurs occupations normales.

Quelques jours plus tard, un épisode me fera réfléchir de nouveau à l'épisode du métro.

Rentrant des courses, je monte dans l'ascenseur de mon immeuble en compagnie d'une voisine que je vois pour la première fois: une dame, d'origine africaine, d'une cinquantaine d'années, assez distinguée... Tiens, tiens... Mais non, ce n'est pas la dérangée du métro. D'ailleurs elle m'adresse la parole de manière tout à fait courtoise et audible:

- "Et vous, de quelle origine êtes-vous?"
- "coréenne..."
- "Ca c'est très bien, les gens comme vous au moins, ne font pas d'histoire, c'est pas comme les arabes..."
- "Oooooh, vous pouvez pas dire ça madame, ça n'a aucun rapport avec les origines des gens, d'ailleurs..."
Elle me coupe, sûre de son fait:
- " Est-ce qu'on a déjà entendu à la télé que des Chinois faisaient des problèmes??? Hein?? Répondez-moi juste sur ce point."
Je bataille, mais à quoi bon?...
- "Mais les Chinois sont moins nombreux que les Arabes, c'est normal qu'on entend moins parler d'eux, et puis ils viennent peut-être dans de meilleures conditions, et puis..."
- "Non, mais répondez juste à ma question: avez-vous déjà entendu à la télé des faits divers avec des voyous chinois??"
- "Non, mais..."
- "Voilà, c'est tout!"
L'ascenseur arrive à l'étage de ma voisine triomphante. Elle descend en me saluant d'un:
- "Que Dieu vous garde en bonne santé!"

Cette voisine m'a définitivement convaincu: blancs, noirs, marrons, ou jaunes, nous sommes tous égaux devant la connerie, qui a de beaux jours devant elle.

Sunday, December 11, 2005

La dame du métro (2/3)

C'est le quart d'heure de gloire de notre intervenant méditerranéen. On sent qu'il jubile de l'intérieur et qu'il se délecte de chacune des manifestations de gratitude et de soulagement des passagers. Enfin le silence! ou plutôt, le brouhara normal d'une rame de métro aux heures de pointe.

Que se passe-t-il alors dans la tête de notre sauveur? Est-ce l'envie irresistible de prolonger son triomphe? Ou alors, la volonté de profiter de cet instant d'adhésion de la foule souterraine à son geste, pour faire passer un message mûrement réfléchi? Toujours est-il que celui-ci profite de l'attention dont il est l'objet pour prolonger son action par une remontrance à la dame d'origine africaine sérieusement calmée:

- "c'est à cause de gens comme toi que les gens pensent mal des immigrés! Alors que ça dépend des races, nous on est sérieux, et vous, vous êtes les pires!"

Silence gêné et général... Tous les passagers pensent " oooooooooh, c'est pas bieeeeen ce qu'il a dit le monsieur..." dans leurs têtes, mais personne n'ose réagir pour trois raisons:

1. il n'est même par 9h du matin, les idées ne sont encore très claires dans les têtes, alors s'afficher devant tout le monde et essayer de formuler une jolie plaidoirie sur le thème du racisme c'est pas bien, ce sera pour une autre fois. D'autant plus que,

2. il a l'air assez costaud le monsieur... Je lui trouvais personnellement un air familier avec le tortionnaire de la prison turque de "Midnight Express": une tête de plus que tout le monde, et trois fois la largeur du monsieur à côté de lui qui fait mine de lire son journal, alors que, comme moi, il est absorbé par le drame qui se déroule sous nos yeux. Et puis finalement,

3. il n'est pas non plus du genre blanc, blond, à s'appeler jean-marc dupont le monsieur, avec son teint bronzé...Plutôt du genre à se faire contrôler pour un oui ou un non, à cause de sa couleur de peau. Alors va lui expliquer que c'est mal de dénigrer les gens pour leurs couleurs de peau...

L'un des passagers, frêle, chauve, et surtout, très courageux s'avance finalement vers notre raciste basané...

A bientôt pour la suite et fin...

Tuesday, November 29, 2005

La dame du métro (1/3)

Paris, le matin, le froid, le métro, l'heure de pointe, le bonheur...

Je m'engouffre dans le métro avant que les portes ne se referment et me dis immédiatement que j'ai peut-être mal choisi ma rame: une dame, d'origine africaine, d'une cinquantaine d'années, assez distinguée, est assise sur l'un des strapontins à ne pas utiliser en cas d'affluence (ce qui est le cas), et hurle en direction des passagers assis derrière elle, dans un langage incompréhensible.

Est-elle fâchée contre l'un des passagers? Après quelques minutes, j'en doute vu l'air complètement indifférent qu'adoptent tous les passagers assis sur cette banquette. Dit-elle quelque chose de compréhensible? Pas pour moi en tout cas: elle semble répéter les mêmes syllabes, parfois en les marmonnant, parfois avec véhémence, parfois avec une vraie violence et sur le ton du reproche, à une personne que je ne vois pas, mais qui existe bel et bien dans l'esprit de cette dame. Une seule certitude, elle n'a pas l'air de vouloir s'arrêter.

Personne ne comprend autour de moi. Certains essaient de lire, c'est mon cas, d'autres sont sur leur garde, craignant une réaction imprévisible de cette dame, quelques-uns enfin, restent impassibles à cette manifestation de plus, de la folie que peut produire la vie souterraine de Paris.

Au bout de quelques stations, alors que l'agacement et la consternation sont de plus en plus perceptibles autour de moi, l'un des passagers, la quarantaine et de type méditerranéen, décide d'intervenir pour ne pas laisser cette dame dans son état. Il s'approche doucement, se penche vers elle, lui tapote l'épaule et lui dit:

"TA GUEUUUUUUUUUUUULE!!!!!!!!!!!"

L'effet est immédiat: elle se tait, et tout le wagon avec elle. Un calme soudain, tellement bienvenu et espéré que certains passagers manifestent leurs soulagements et reconnaissances envers l'intervenant d'un "ahhhh, merci!"...

La suite sera pour plus tard...

Wednesday, October 26, 2005

Tourner en rond

Deux fois par semaine, je me rends à mon entraînement de taekwondo, pratique qui, en quelques années, est devenue essentielle à mon équilibre.

Vers la fin du cours, le maître nous demande d'effectuer quelques dernières foulées autour de la salle, en guise de mini-décrassage. Nous commençons donc à courir, vidés, mais apaisés, et ressentant une certaine complicité avec le groupe, pour avoir surmonté ensemble ces épreuves physiques. Un phénomène intéressant se produit alors: progressivement, les foulées de chacun se synchronisent et le maître, placé au milieu de cette ronde humaine, commence à taper des mains, bientôt rejoint par nous tous...

Une trentaine d'individus, habillés pareil, tournant en rond d'une même foulée, et tapant des mains en rythme. Cet exemple renvoie à la propension naturelle de l'homme à faire comme son prochain. René Girard appelle ça le mimétisme, qu'il considère comme le mécanisme fondamental du comportement humain.

Il y'a partout des manifestations de ce mimétisme. A toutes les échelles : de quelques taekwondoistes du dimanche, à un stade entier qui célèbre d'une même voix, d'une même séquence de mouvements effectués au millimètre et à la seconde près, le soixantième anniversaire du Parti.

D'où l'importance du modèle sur lequel portera notre envie instinctif de suivre...

Thursday, October 20, 2005

C'est rien du tout

Et hop! Une autre matinée passée à essayer de créer de la valeur ajoutée pour nos clients et justifier ainsi nos honoraires. Parfois, je me dis que la marque la plus évidente de "valeur ajoutée" apportée au client est le sourire de celui-ci, lorsqu'ayant commandé un menu sushi moriawase, on lui apporte son assiette... Au moins un client qui sait où va son argent.

Je suis attablé au bar de mon sushi bar, comparant l'utilité de mon métier à celui du chef japonais qui s'affaire devant moi à couper le poisson en fines lamelles.

Trois clients en costumes gris antracites descendent de la salle à l'étage. Ils ont visiblement fini de manger et ne comptent pas perdre de temps à attendre qu'on vienne leur apporter l'addition: 5 minutes gagnées qui vont peut-être sauver le monde. Ou du moins la présentation powerpoint avant le rendez-vous client. Je comprends, ça m'arrive aussi...
- "Vous payez séparément?"
- " oui, ça fait 11,70€ pour moi"
- " et moi 9,80€"
- "et 12,10€ pour moi"
Le serveur fait mine de trouver normal que trois jeunes cadres dynamiques gagnant chacun son mois de salaire en une seule journée divisent au centime près l'addition: les bons cons font les bons amis. Non, je ne suis pas comme eux... Non, je ne suis pas comme eux... Non, je ne suis pas comme eux...

Je m'attarde un peu et me retrouve parmi les derniers clients récalcitrants à retourner au travail. L'un des serveurs, se relâche un peu. Son service semble ne pas avoir été de tout repos car un de ses collègues ne s'est pas pointé sans prévenir. D'ailleurs il en fait part au sushi chef: "c'est trop dur aujourd'hui, on était que deux à l'étage, je le referai pas deux fois! C'est vraiment trop dur!" Et il remonte à l'étage en soufflant très fort. Le chef ne lui dit rien, il continue à raper le navet, puis me regarde d'un air complice parce qu'il sait que je n'ai rien loupé de la conversation. Il me sourit et me dit "c'est rien du tout!" avec son accent japonais à couper au couteau. C'est vrai ça, lui seul vient d'honorer les commandes de l'étage, du rdc et du bar et il ne transpire même pas.

Non, c'est vraiment rien du tout...

Sunday, October 16, 2005

Rien à déclarer

"Avez-vous fait vous-même vos bagages? Transportez-vous un bien qu'une personne que vous ne connaissez pas vous a demandé de prendre? Quelqu'un aurait-il pu mettre quelque chose dans vos valises sans que vous en ayez connaissance?"
Voici un extrait des questions débiles que les agents des aéroports doivent poser à tout passager s'appretant à embarquer pour un vol à destination des Etats-Unis. Quoiqu'en cherchant bien, on trouve quelques vertus à cette procédure:
- elle contribue à lutter contre le chômage en augmentant les besoins en personnel d'aéroport;
- elle contribue à lutter contre le terrorisme, en détectant les passagers un peu naïfs. "Est-ce que je transporte des affaires d'une personne que je ne connais pas? Ben si, justement, un monsieur bronzé avec une barbe épaisse m'a demandé de transporter cette grosse horloge expérimentale avec batterie externe plastifiée. J'ai accepté parce qu'il était très gentil le monsieur. D'ailleurs je suis un peu embêté parce qu'elle marche mal cette horloge, regardez: les secondes défilent à l'envers..."

Ajoutez à cela le merveilleux sens de l'organisation français avec sa théorie du "tous dans la même file et on verra après", et vous vous retrouvez avec une queue sans fin de passagers en partance pour Abidjan, New York et Seoul, attendant de pouvoir enregistrer leurs bagages. La file pourrait avancer plus vite, d'ailleurs, les comptoirs d'enregistrement ne sont pas tous occupés. Mais la file est bloquée par-ci par-là par des agents de sécurité de l'aéroport, demandant à certains passagers de manière à peine détournée, s'ils n'ont pas par hasard une bombe dans leurs bagages...

Sunday, October 02, 2005

L'automne à Paris

Peu de Parisiens éliraient l'automne comme leur saison préférée.
A New York ou Séoul, l'automne recouvre les rues de feuilles rouges et or. Le ciel estival étouffant prend de la hauteur pour s'effacer devant un ciel bleu rafraichissant qui laisse les citadins respirer enfin.
L'automne parisien n'a rien pour lui : les feuilles d'arbres tombent en masse sous la pluie et forment une substance visqueuse et noiratre sur le sol. La nuit commence à tomber avant 20h. La température ne permet plus de profiter des terrasses de cafés ou de restaurants, à part pour quelques Anglais habitués ou certains touristes récalcitrants. Sans parler du taux de suicides qui augmente, ou des vieux qui clamsent souvent à cette époque...
Listons ici, les quelques quelques plaisirs d'automne qui viennent contrebalancer ce mouvement vers l'extinction collective:
- la foire aux vins,
- les cèpes et les girolles,
- la saison du gibier qui s'annonce,
- la rentrée littéraire,
- les pendaisons de crémaillère,
- la chaleur suffocante et les odeurs corporelles qui disparaissent du métro,
- les projets de week end prolongé pour la toussaint et le 11 novembre,
- le canard enchainé qui recommence à se déchainer.

Wednesday, September 28, 2005

deux roues, deux neurones

8h30 du matin, Paris, les embouteillages. J'essaie de me faufiler habilement au milieu des grosses berlines engluées dans la circulation et qui n'osent pas risquer une manoeuvre qui pourrait mal se terminer pour leurs belles carrosseries métallisées. Dernier feu rouge avant d'arriver à destination et d'entamer le second travail d'Hercule: trouver une place de parking. Un deux roues s'arrête à ma hauteur. Son conducteur, un homme d'une quarantaine d'année, me fixe de ses yeux bleus, et je le sens immédiatement: son regard exprime un sentiment de franche hostilité.
Animé d'une volonté de courtoisie et de compréhension inhabituelle chez moi lorsque je suis au volant à Paris, je me surprends à imaginer que peut-être, l'attitude hostile de cet individu résulte d'une inattention de ma part qui aurait conduit à une situation périlleuse pour lui: une queue de poisson involontaire, un freinage brusque, que sais-je?...
Décidé à lever tout malentendu et même, à m'excuser pour toute agression involontaire, je décide d'engager un dialogue que j'espère constructif: "un soucis?" demandé-je, en prenant soin de bien articuler pour qu'il m'entende au travers de la vitre de ma voiture. Aucune réaction. "Un soucis?!!" répété-je, en exagérant davantage ma prononciation, afin de m'assurer que son silence n'est pas dû à son incompréhension... Aucune réaction. Suis-je bête, il porte un casque. Comment espérer qu'il m'entende au travers de son casque et de ma vitre? Je décide de briser l'un de ces deux obstacles, baisse ma vitre, et reprends notre dialogue constructif: "UN SOUCIS???!!!!!!" Notre ami à deux roues demeure immobile, impassible, les deux mains aggripées à son guidon et son regard haineux toujours résolument fixé sur mon humble personne.
Ca y'est, ça m'énerve. Qu'est-ce qu'il a cet abruti, à m'agresser avec son regard de psychopathe dès le matin??? Deux options s'offrent à moi: remonter ma vitre et aussi le son de la radio sur France Info avec la douce voix de Jean Pierre Gaillard m'annonçant que mes actions ont pris 15% la veille pour me calmer, ou alors insister plus lourdement pour savoir ce qui turlupine deux-roues. Je décide d'opter pour cette dernière option lorsque le feu passe au vert.
C'est alors que deux-roues se décide à briser son silence mystérieux et irritant. Il se penche vers moi et d'une voix nasillarde me dit: "retourne dans ton pays!", puis démarre en trombe pour me semer le plus rapidement possible. Je reste scotché et le regarde fuir, sans avoir le temps de trouver la juste répartie.
C'est là que nos chemins se séparent: lui continue tout droit, alors que je tourne à gauche. Il va maintenant falloir trouver une place en oubliant cette malheureuse rencontre avec celui que j'ai choisi d'appeler "deux roues, deux neurones"...

Monday, April 11, 2005

Que sont-ils devenus?

Je m'engouffre dans la station les Sablons pour aller à Franklin Roosevelt en milieu de matinée. Peu de monde vu l'heure, une fréquence des trains raisonnable, des rames modernes, depuis peu, un panneau indiquant le temps d'attente avant le prochain métro... tout devrait normalement bien se passer sur cette ligne qui est la plus fréquentée et pour cette raison, l'une des mieux gérée. Tout semble d'ailleurs bien se passer : le métro arrive normalement, les portes s'ouvrent normalement et les gens s'engouffrent dans les wagons normalement. Tout le monde attend la sonnerie annonçant la fermeture imminente des portes. Cette attente est anormalement longue… Mais la sonnerie finit par retentir et les portes se ferment. Et puis rien, le train reste immobile. Ceci me laisse le temps de m'attarder sur les passagers autour de moi, une foule habituelle à cet endroit: des étudiants habitant sûrement Neuilly et allant à leurs cours de droit, d'histoire de l'art ou de sciences économiques, des jeunes cadres dynamiques allant ou revenant d'un rendez-vous professionnel, des retraités, moins nombreux en cette banlieue bourgeoise de l’ouest parisien… J’entends plus loin des sons de voix inhabituels et remarque un groupe d’hommes d’apparence indienne complètement bourrés : ils se chamaillent gentiment et rigolent dans une langue que je ne reconnais pas. J’essaie de m’imaginer quelles circonstances les a conduits à être éméchés un jeudi matin quand les portes du métro se rouvrent tout d’un coup et quelques secondes plus tard, la sonnerie de fermeture des portes retentit à nouveau et les portes se referment brutalement. Bon, les portes s’ouvrent et se ferment bien, pas de doute, faudrait songer à partir maintenant… Mais rien n’y fait. Une autre période d’attente s'annonce et une certaine impatience se fait ressentir parmi les passagers quand la voix du conducteur se fait finalement entendre dans les hauts parleurs : "votre attention s'il vous paît, suite à la non fermet... enfin paske les portes se ferment pas bien, les passagers sont priés de descendre du train qui va aller en zone de réparation, et attendre le prochain train qui ne devrait pas tarder, merci." C'était donc ça...Je descends avec tous les passagers autour de moi en me disant que si cet incident était arrivé durant l'heure de pointe, la situation aurait été nettement plus pénible. Le train semble s'être vidé et le conducteur pense d’ailleurs la même chose car la sonnerie de fermeture imminente des portes retentit. Les portes se ferment alors... pour s'arrêter à mi-chemin. Mais cette fois, le coupable est identifié: un des Indiens bourrés a semble-t-il oublié de descendre, ou sous l'effet de l'alcool mis trop de temps à faire les quelques pas qui le séparent du quai. Il se retrouve coincé entre deux portes, ce qui n'a pas l'air de le contrarier. Il a d'ailleurs plutôt l'air de se sentir à son aise, exhibant un sourire béat, comme s'il était enlacé dans les bras voluptueux d'une très belle femme, à part qu'il est pris entre les tranchants de deux portes en acier. Ses acolytes arrivent finalement à l’extirper de son piège, les portes se ferment finalement, et le train se met en mouvement.
Je regarde le train démarrer et les wagons vides défiler de plus en plus rapidement devant mes yeux : un wagon vide, deux wagons vides, trois wagons… Ah ben non, il n’est pas vie celui-là, il y’a un autre Indien assis sur une banquette : aussi bourré que celui qui faisait l’homme sandwich, avec le même sourire. Lui, plus pessimiste ou plus bourré que son frère d’alcool, n’a même par pris la peine d’essayer de sortir du train à temps. Il a préféré profiter de l’incident pour s’étaler sur une banquette qui s’était libérée. Il a toujours le même air béat et nous fait signe de la main (ou peut-être est-ce à ses camarades sur le quai). Ils sont cools ces Indiens quand même, j’ai presque envie de lui retourner son geste de fraternité et de paix trouvé dans l’alcool…
Le train continue de défiler et surprise dans les derniers wagons, un autre groupe de passager n’est pas sorti non plus. Ceux-là sont beaucoup plus nombreux, habillés comme des touristes avec leurs appareils photos autour du coup et surtout, nettement moins souriants. Certains sont vêtus de gros pulls University of quelque chose, d’autres arborent des casquettes à l’effigie d’une équipe de baseball. Pas de doute, il s’agit de touristes américains. Leurs regards sont intenses : un mélange d’anxiété, de crainte et d’appel à l’aide car ils réalisent qu’à la suite de l’annonce faite par le conducteur et incompréhensible pour eux, ils ont opté pour le mauvais choix : celui de rester dans le wagon, alors que tout le monde est descendu et que le train les emmènent maintenant vers un endroit inconnu, pour une raison qu’ils ignorent… Aujourd’hui, que sont-ils devenus ?

Tuesday, April 05, 2005

HLV

Les événements récents me donnent l'envie d'inventer un nouvel indicateur de mesure. Pour qu'il ait un maximum de portée internationale, je vais lui donner un nom anglais: le Human Life Value, HLV.

Son objectif est simple mais très (trop?) ambitieux et horriblement présomptueux... Le HLV donc, se propose de mesurer la valeur de la vie d'un homme. Ma motivation n'est pas de choquer gratuitement la moralité des gens ou d'enfoncer des portes ouvertes en clamant haut et fort que quand même, c'est terrible, la vie d'un Soudanais, ça compte bien moins que celle d'un Bostonien dans un avion s'écrasant sur une tour. Personne ne nie ces différences de valeur ; je me propose simplement de la mesurer.

Comment? Mon ébauche de méthodologie est perfectible, complètement irréalisable de manière exhaustive et scrupuleuse. Néanmoins, le principe de base que je trouve intéressant est le suivant. Pour chaque événement ayant causé des morts humaines:

  • détecter exhaustivement la couverture média de cet événement, sans limite géographique, et jusqu'à un mois après l'événement;
  • calculer la somme des montants investis par les annonceurs pour un passage pub à cette occasion (ex. le coût de passage d'une pub avant un JT consacrant sa une à l'événement, ou le coût de la pub en 4ème de couverture d'un magazine consacrant sa une à l'événement, etc.) ;
  • diviser cette somme par le nombre de morts ;
  • et vous obtenez le HLV du ou des morts pour cet événement.

Bien sûr, il faudrait prendre en compte l'inflation des prix pratiqués au cours des années ou alors ne comparer que deux HLV rapprochés dans le temps, et tenir compte d'une multitude d'autres paramètres...

Au final, je pense qu'on aboutirait à un indicateur peu précis mais quand même intéressant. On pourrait par exemple calculer le HLV d'un Indonésien mort lors du tremblement de terre, (non pas le Tsunami, le tremblement de terre d'il y'a quelques semaines qui a un peu barbé tout le monde; un peu comme pour la sortie du deuxième volet d'un film à succès, rarement à la hauteur du premier...), on le comparerait au HLV du Pape et on se rendrait compte qu'oh ben dit donc! la vie du Pape vaut 314 748 fois celle d'un indonésien qui a péri lors du tremblement de terre. Pile le contraire de ce que le Pape prônait...

Monday, February 14, 2005

Savoir consommer

Le métro est un moment particulier de la journée. Plusieurs activités sont envisageables une fois monté dans le wagon: lire un journal ou son livre, écouter la musique de son baladeur, dormir, ou encore attendre que ça se passe en regardant les gens. Je fais partie de ceux qui alternent les activités, avec le soir, une préférence pour l'observation de la faune underground tellement riche en âges, classes sociales et en couleurs.

Aujourd'hui j'ai remarqué une famille de Chinois fraîchement débarqués de leur campagne très reculée de la République Populaire: un jeune couple avec leur fils qui n'avait pas plus de 5 ans. Pour savoir qu'ils viennent d'un coin reculé de la République Populaire et non pas de Pékin, Shanghaï ou Hong-Kong, c'est très simple, il suffit d'analyser leurs achats : quand on achète trois marques différentes de jus d'orange, des yaourts allégés, et autant au lait entier, le tout couvrant toute la palette de parfums de yaourt possibles et imaginables, c'est qu'on n'a pas encore d'habitude de consommation et que l'abondance des produits et la diversité des marques nous donnent envie de tout essayer, avec l'espoir naïf que chaque achat dans une même gamme de produits procurera une satisfaction bien distincte...

Thursday, February 03, 2005

Ce qui était vaut mieux que ce qui sera?

En parcourant un recueil de magazines L'Express, je suis tombé sur une interview de Marguerite Yourcenar en février 1969 : pour elle, croire que ce qui était vaut mieux que ce qui sera est "une illusion dont l'histoire vous guérit"... Du coup, je me dis que j'ai bien intitulé mon blog!
Je tombe ensuite sur un entretien avec François Mauriac pour qui "la planète dans laquelle habiteront [nos] enfants n'est plus celle que j'ai connue et aimée." Merde... Pour autant Mauriac précise plus loin qu'il est rempli d'espérance. C'est une espérance chrétienne, comme une lumière qui "brille en lui". Constater qu'après cinquante ans de communisme, le christanisme n'est pas mort en URSS est pour lui un signe d'espérance dans un monde de tarés : "Dans cet univers affolé où tout finit par se confondre, j'ai l'impression que Dieu lui-même résiste et nous dit : "Je suis là. Ne craignez pas""...
Yourcenar croit en l'Etre et en l'Existence, une force qui existe en chacun de nous mais dont malheureusement "les gens ne tirent pas grand chose". Mauriac croit en Dieu et son fils Jésus. Deux immenses écrivains à la fin de leurs vies et deux visions opposées du lendemain, mais la même sérénité, résultat des réflexions de toute une vie.
Pour moi aussi, demain sera meilleur.

Sunday, January 30, 2005

Là je me couche mais...

J'ai crée un blog il y a quelques mois comme tant d'autres l'ont fait avant moi. L'excitation d'avoir une visibilité sur la toile virtuelle. Maintenant on peut me lire des quatre coins du monde. Et puis rapidement, la désillusion de réaliser que je n'ai rien de forcement intéressant à faire partager à l'internaute malgache, mauritanien ou malaisien. Alors mon premier blog fut progressivement une succession d'articles de journaux: whoa pas mal cet édito du Monde, hop! sur mon blog, pareil pour cet article du NYTimes, etc. Voici ma deuxième tentative d'exister sur la toile autrement que par les écrits des autres.
Là je me couche, mais demain sera meilleur.